

Je ne crois pas pouvoir oublier de si tôt ce 24 juin 2006 où j'ai grimpé, pour la première fois, sur une balançoire. Tandis que les parents et les enfants des jeux voisins se rassemblaient autour de moi pour assister au spectacle (pas celui sur la scène, désolée les artistes), je frôlais la crise d'hystérie en hurlant mon bonheur alors que maman me poussait toujours plus haut.
que c'était réussi. Encore une fois, excusez la mauvaise qualité des photos, maman n'a pas encore eu le temps d'explorer le croqueur d'images récemment acheté.
NonOuille !
Ce n'était même pas ma première journée à la garderie. Il s'agissait plutôt d'une sorte de rencontre préalable à mon inscription question de rassurer maman en lui permettant de poser un petit million de questions triées sur le volet à la pauvre Line, bien patiente. Elle ne l'avouera jamais, mais l'idée d'ouvrir les tiroirs et les garde-robes pour voir si un cadavre ne traînait pas par-là lui a traversé l'esprit. Moi, pendant ce temps, j'errais dans la salle de jeu à la recherche d'une activité qui fit honneur à mon calibre intellectuel (je vous parlerai de mon humilité un autre jour) quand j'aperçus un énergumène à quatre pattes et grosse couche qui se dirigeait vers moi à toute allure. J'ai bien voulu l'éviter mais en moins de temps qu'il ne faut pour crier GAAAAAAR (lire : regarde. C'est ce que je sais crier de mieux.), il m'avait attaquée et asséné une vilaine morsure à la joue. Là, j'ai hurlé. Tu parles. Pauvre maman. C'est de loin elle la pire de nous deux. Ma petite maman qui se faisait déjà un sang de cochon à l'idée que je puisse me heurter à l'agressivité des autres. En ce qui me concerne, je n'attends que l'occasion de prendre ma revanche mais maman, elle, n'est pas sortie du bois, avouez.
Papa
Il est écrivain, mon papanovitch. Vous saviez certainement, depuis le temps que je m'en vante. J'en profite, c'est une espèce en voie d'extinction, surtout ceux qui peuvent vivre exclusivement du métier. L'autre jour, je l'ai entendu discuter avec maman de ces papas qui escaladent les ponts pour crier leur colère. Il disait que lui aussi avait envie de le faire, mais pour dire qu'il était un papa heureux, qu'ils existent, les papas qui n'ont d'autre revendication que celle de pouvoir dire - et se faire entendre ! - qu'ils sont bien, qu'ils assument leur rôle à merveille et qu'il est possible de bien s'en tirer avec une garde partagée (et un minimum de bonne volonté). Si j'ai la chance d'avoir une maman à la maison, c'est grâce à papa.
Quenottes
En ce moment même, elles sont quatre. On dit que le corps ne fait qu'une chose à la fois chez les bébés. Le mien, pendant qu'il peine à me donner des dents, refuse de faire le saut définitif vers une vie explorée sur deux pieds.
Rrrrrrrr
Comme dans raisins. Rrrr, ita (pita) et gourt (yogourt) s'annoncent comme les ritournelles de l'été.
Solange
Le second prénom que je porte en l'honneur de ma grand-maman née le 12 février 1938 et décédée le 12 février 2001. Je suis née le 12 février 2005. Un ange est passé, vous dites ?
Théâtre de Marianne
Cadeau de ma marraine. Ce petit film d'animation instrumental d'une quinzaine de minutes constitue une source intarissable de bonheur pour moi. Il m'hypnotise.
Ubiquité
Capacité qu'ont mes parents de se multiplier et de repérer ma prochaine bêtise alors que je me croyais enfin seule devant le rouleau de papier cul.
Vaccin
Très peu pour moi, merci. L'essentiel seulement, c'est-à-dire ceux qui me permettront de voyager en paix plus tard et ceux qui constituent une réelle menace de mort ou d'handicap grave au Québec, en 2006.
Wouf
J'ai un détecteur à wouf particulièrement efficace. J'entends le chien aboyer à tout coup, même lorsque ledit chien s'est transformé en avion. Même chose pour le téléphone. Un jour, il est dans l'emballage de condos à fourmis (moquettes en beurre d'arachide), et le lendemain, le coquin se cache dans la calculatrice. Toutte est dans toutte sera le titre de mon premier livre, tiens.
Xylophone
J'arrache les notes et je les frappe entre elles. Ils sont gentils d'avoir pensé à ajouter des bâtons pour tapocher sur le gros Sim. Vous ne connaissez pas le gros Sim ? C'est un immense pouf poilu et inerte qui passe le plus clair de son temps à arpenter la maison en quête de croquettes.
Zazie
Ma mie. Un chaton tout noir issue de l'union d'une siamoise et d'un quidam qui passait par-là. On l'a eue alors qu'elle était à peine plus grande que la main de maman et qu'elle sautait au lieu de marcher. Zazie demeure la seule qui va savoir m'accrocher un sourire lorsque c'est la dernière option sur terre.
Voici, d'Alice Rose à Zazie, un petit tour guidé de ma vie.
Alice Rose
A-iii. Ma petite sœur qui doit arriver en septembre. Nous aurons 19 mois de différence, ce qui est juste assez pour faire de moi une grande sœur, un modèle et une copine en même temps. La trinité, quoi. Je n'ai qu'une photo d'elle et franchement, j'ai un peu honte : elle n'est pas très bonne. C'est sombre… faudra que je donne des cours à la dame qui les a prise.
Baiser
Mmmmmmou-a ! Je m'avance, je tends les lèvres et voilà. De l'amour pur.
Couches de coton
Ouais. Saviez-vous qu'il faut 500 ans, dans les conditions idéales, pour qu'une couche se dégrade ? Loin de moi l'idée de vous faire la morale à deux sous, mais avouez qu'à 3 ou 4 couches et 2 millions de naissances par jour (dont une fraction porte des couches, mais quand même), notre petite planète doit apprécier ce genre de geste, aussi petit soit-il. Mais avec un peu de chance, je vais me lasser cet été et collaborer avec maman qui aimerait bien me voir transiter vers le pot.
Debout
Premiers pas à 15 mois et seulement 4 dents : on ne peut pas dire que je suis une redoutable adversaire au chapitre du développement physique. Maintenant, j'aime bien me tenir debout et faire plusieurs petits pas, mais je préfère de loin me tenir debout sur une chaise. Ou sur tout
autre truc impossible, en autant que ça branle.
Explications
Papa et maman m'expliquent tout. Surtout maman en fait, car papa n'a pas encore compris les explications de maman sur le pourquoi et le comment de l'entreprise.
Famille
Ma famille est éparpillée un peu partout au Québec et ailleurs. Je vous les présente.
Mia, ma demi-sœur de 7 ans qui vit à Saint-Constant avec sa maman.
Guy, Éric et Pascal, mes oncles.
Audrey, Nancy et Olga, mes tantes.
Léana et Alex, mes cousines.
Christian et Samuel, mes cousins.
Karen, ma marraine.
Jacques, mon parrain.
Un jour, faudra qu'on prenne une photo tous ensemble…
Gourt
Comme dans yo-gourt, vous pensiez quoi ?
Hibou
Mince consolation pour maman qui résiste à l'envahisseur Mac Donald. Comme la présence du géant américain producteur de caca de clown est complètement, volontairement et farouchement occultée dans notre maison, j'ai dû me créer mes propres références publicitaires. Ainsi, par un hasard de circonstances qui échappe encore à maman (pourtant à l'affût de TOUT, voir en lettre A.), partout où on va et où il y a une enseigne de la bannière Couche-Tard (un hibou rouge sur fond bleu), j'y vais d'un hou-hou bien senti. Me demandez pas d'où ça vient : je sais seulement que le hibou fait hou-hou et qu'il a à peu près la tête du logo de ce dépanneur.
Insectes
Une des joies de l'été. La découverte des insectes, et l'intérêt lié à l'espèce ailé ou rampant devrait, selon maman, ne se développer qu'à 5 ans alors que toute idée de les bouffer ou d'en faire des confidents prisonniers entre nos doigts aient quitté notre esprit. Malheureusement, il en est autrement. Au repas, l'autre soir, j'ai entendu papa dire qu'on mangeait, en moyenne, un kilo d'insectes par année. Maman était ravi de cette statistique. Ici, autour de l'Amarante, on retrouve des bourdons qui, bien qu'occupés à fertiliser les nombreux pommiers, trouvent le temps de nous visiter lors des repas ou du jardinage, des libellules bleues, super mignonnes, des fourmis de toutes les couleurs (une couleur à la fois par contre, quand même !), des moustiques de 2 tonnes assoiffés de sang, vers et chenilles en quantité, des grillons, de coquettes petites grenouilles, de jolis papillons et malheureusement, la hantise sans nom de maman, une des seules choses qui pourrait lui faire regretter l'été et ses nuits, j'ai nommé les terrifiants et imbéciles hannetons.
Jeux
Chez nous, le département des jeux est tenu le plus souvent par papa. Voici mon top 5.
1. La chatouille, forever. Aux aisselles, sous les pieds, à la taille, dans le cou : en moins de deux, je me tords de rire.
2. Me faire craquer les orteils par papa, qui possède un brevet sur cette activité. Parlez-en aux autres enfants qui l'entourent : on a tous goûté au supplice.
3. La balle. Fouillez-moi pourquoi, je lance la balle et je rigole comme une petite folle, surtout si celle-ci atterrit contre Zazie ou le pouf qui marche.
4. Danser. Seule ou dans les bras de maman, j'adorrrre me dandiner.
5. Placer, déplacer, ranger, remettre, enlever, dedans, vider, emplir, enfiler, goûter, cacher dans les chaussures ou dans le pot, lancer dans l'escalier du sous-sol ou dans la baignoire, etc. Et j'insiste sur le etc.
Kakal - Kou-koi
Pour une raison que je ne saurais expliquer, Pakkal est souvent utilisé pour amadouer maman avant de faire une bêtise. Exemple : je me dirige vers l'ordi, je sais que c'est interdit mais avant qu'elle n'ait eu le temps de dire nooooon, je crie KA-KAL ! et ne cesse de le crier que lorsqu'elle a répondu : oui, c'est Pakkal (pointant le collant de l'Armée des dons sur l'ordi). J'aime bien dire aussi kou-koi (lire : pourquoi), qui n'a pas encore trouvé tout son sens mais que je sens bien dans ma bouche.
Line
Ma gardienne à compter de septembre. Line est une grande madame au sourire bien accroché qui garde des bambins depuis 25 ans. Nous serons six et le plus vieux aura 2 ½ ans. J'ai fait la connaissance, entre autres, avec Sabrina (19 mois), un ti-loup blond souffrant qui devait avoir franchement hâte de retrouver son papa et un piranha d'un an (voir en lettre O). Plus de détails ici.
Maman
La mienne a choisi, de concert avec papa, de mettre sa carrière sur la glace les deux premières années de vie de chacun de ses enfants et de rester à la maison avec eux. Honnêtement, est-elle en paix avec cette décision ? Pas toujours. Regrette-t-elle ? Pas une seconde. Plus le temps passe, plus elle se dit que malgré toutes les concessions, malgré un salaire en moins, malgré la vie sociale qui change radicalement, malgré des journées et des nuits cent fois plus exigeantes qu'avant pour un millième du salaire, pour rien au monde elle et papa changeraient d'idée. Ainsi, Alice Rose aura aussi une maman à la maison ses deux premières années de vie, une maman probablement encore plus épanouie que celle que j'ai eue. Avec le temps, elle aura peut-être
fait un peu plus la paix avec cette société qui ne valorise pas du tout la voie qu'elle a choisie.
À suivre demain...
J'ai fait mes premiers pas il y a quelques semaines déjà. Or, depuis, rien qui ne soit digne de cette mention. J'ai retombé sur mes genoux et continué de voir le monde d'en bas. Jusqu'à dimanche soir dernier. où, pour célébrer le retour de papa d'une virée d'auteur en Abitibi, je me suis remise à la marche, plus sérieusement cette fois.